Il y a un moment, sur tous les chantiers, où la maison devient soudain lisible : les murs montent, les pièces prennent leur volume, les fenêtres apparaissent en creux. Cette phase va vite, souvent plus vite que les précédentes, et c’est justement ce qui la rend délicate à suivre. Les choix qu’elle matérialise — matériau, épaisseur d’enveloppe, position des ouvertures — ne se corrigent plus une fois le chaînage haut coulé. Mieux vaut donc avoir compris ce qui se passe, et quand intervenir. Notre dossier général est utile pour savoir dans quel ordre s’enchaînent les étapes de construction d’une maison.
Ce que recouvre exactement l’élévation des murs
L’expression désigne la montée de la structure verticale, depuis le plancher bas jusqu’au niveau qui recevra la charpente. Elle regroupe plusieurs ouvrages distincts.
- Les murs porteurs : ils reprennent les charges de la toiture et des planchers et les transmettent aux fondations, dont le dimensionnement dépend de l’étude de sol réalisée en amont.
- Les refends : murs intérieurs porteurs, à ne pas confondre avec les cloisons, montées bien plus tard.
- Les pignons : murs latéraux épousant la pente du toit.
- Les chaînages : ceintures de béton armé, verticales aux angles et horizontales en tête de mur, qui solidarisent l’ensemble.
Le tout s’appuie sur l’assise réalisée juste avant : nous détaillons dans notre guide du coulage de la dalle béton d’une maison pourquoi cette étape conditionne la géométrie de tout ce qui suit.
Les principaux matériaux de gros œuvre
Le matériau est arrêté au contrat et décrit dans la notice descriptive. Chacun impose sa logique de mise en œuvre.
| Matériau | Mise en œuvre | Point d’attention |
|---|---|---|
| Bloc béton (parpaing) | Maçonnerie montée au mortier, chaînages coulés en place | Isolation rapportée, généralement par l’intérieur |
| Brique en terre cuite | Montage à joint mince, blocs rectifiés | Traitement soigné des points singuliers et des angles |
| Béton cellulaire | Blocs collés, découpe aisée | Protection contre l’humidité en pied de mur |
| Ossature bois | Panneaux souvent préfabriqués en atelier, levés sur site | Pare-vapeur et continuité de l’étanchéité à l’air |
Aucun de ces systèmes n’est supérieur dans l’absolu : la performance dépend de la mise en œuvre, du traitement des jonctions et de l’isolation associée, bien plus que du seul matériau. Les critères qui départagent réellement ces solutions sont détaillés dans la comparaison entre parpaing, brique et ossature bois.
Chaînages, linteaux et réservations
Un mur ne se limite pas à son matériau. Les chaînages verticaux, en angle et de part et d’autre des ouvertures, et le chaînage horizontal en tête de mur assurent le comportement d’ensemble de la structure, notamment vis-à-vis des mouvements du sol.
Les linteaux reprennent les charges au-dessus des portes et des fenêtres, tandis que les réservations matérialisent chaque ouverture aux cotes du plan. C’est le moment où une baie mal positionnée ou une hauteur d’allège inexacte doit être signalée : la reprise reste possible tant que le chaînage haut n’est pas coulé, elle devient lourde ensuite. Les dimensions applicables sont celles du plan d’exécution, jamais des valeurs générales.
L’enveloppe thermique se joue maintenant
La RE2020 évalue d’abord la qualité de l’enveloppe, à travers l’indicateur Bbio (besoin bioclimatique), justifié dès le dépôt du permis de construire. Ce que l’on construit à ce stade détermine directement le résultat.
Deux points méritent une attention particulière. La continuité de l’isolation, d’abord : les ponts thermiques se créent aux jonctions — pied de mur, planchers intermédiaires, tableaux de baies. L’étanchéité à l’air, ensuite : elle est vérifiée à l’achèvement, l’attestation de fin de travaux contrôlant les caractéristiques thermiques, l’isolation, la perméabilité à l’air et la ventilation. Un défaut détecté à ce moment-là se répare mal ; il se prévient pendant l’élévation. Les endroits où se joue l’isolation d’une maison neuve et les mentions correspondantes de la notice descriptive se vérifient dès la signature.
Ce que la RE2020 impose au choix constructif
Au-delà du thermique, la réglementation compte le carbone. L’indicateur Ic construction mesure l’impact des composants et du chantier sur 50 ans, ce qui influence directement le choix des matériaux de mur.
Le jalon 2025 est celui en vigueur aujourd’hui : il s’applique aux bâtiments dont le permis a été déposé depuis le 1er janvier 2025, avec un seuil d’Ic construction de l’ordre de 530 kg CO₂ eq/m² pour une maison individuelle — valeur à faire confirmer par le bureau d’études au regard de votre projet. Aucun nouveau jalon carbone n’est entré en vigueur en 2026 : le suivant est fixé au 1er janvier 2028. En revanche, le décret n° 2026-200 du 18 mars 2026 a introduit, pour les permis déposés à compter du 1er juillet 2026, une modulation liée à la hauteur sous plafond moyenne supérieure à 2,50 m, jusqu’à 2,90 m. L’ensemble des indicateurs et des échéances est repris dans les seuils RE2020 applicables à une maison neuve.
L’appel de fonds correspondant
En CCMI avec fourniture de plan, l’achèvement des murs constitue le troisième palier de l’échéancier légal : le cumul des sommes appelées ne peut alors dépasser 40 % du prix convenu (article R231-7 du CCH), après 15 % à l’ouverture du chantier et 25 % à l’achèvement des fondations. Le palier suivant, la mise hors d’eau, est plafonné à 60 % : les définitions exactes du hors d’eau et du hors d’air déterminent le moment où ces sommes deviennent appelables.
Ces pourcentages sont des maximums cumulés, jamais des tranches dues automatiquement : un appel de fonds suppose que le stade correspondant soit réellement atteint. La construction à base d’éléments préfabriqués suit une autre grille (article R231-7-1), avec un palier de 50 % à l’achèvement des éléments préfabriqués, après information du maître de l’ouvrage. Le CCMI sans fourniture de plan, lui, ne comporte aucun échéancier chiffré par stade.
Ce que vous pouvez vérifier pendant cette phase
Le suivi n’est pas une intrusion : en CCMI, une clause qui interdirait la visite du chantier est réputée non écrite (article L231-3 du CCH). Vous pouvez venir, dans les conditions de sécurité convenues, et vous faire accompagner par un professionnel de la construction. Reste à savoir quoi regarder sur un chantier et comment consigner ses constats.
Comparez ce qui monte avec la notice descriptive annexée au contrat : matériau, nature des ouvertures, prestations incluses. Depuis l’arrêté du 3 décembre 2024, applicable aux CCMI signés à compter du 1er janvier 2025, cette notice type impose notamment un choix explicite sur les revêtements muraux intérieurs des pièces sèches. Vérifiez ce que votre exemplaire indique : c’est une source classique de suppléments en fin de chantier.
Les garanties qui prendront le relais
Les garanties légales de construction ne courent qu’à partir de la réception : c’est elle qui en fixe le point de départ commun. Le déroulé de cette étape, du procès-verbal aux réserves, est décrit dans la réception des travaux d’une maison neuve. Trois protections se superposent alors.
- Garantie de parfait achèvement — 1 an : tous les désordres réservés ou signalés par écrit (article 1792-6 du code civil).
- Garantie biennale — 2 ans minimum : bon fonctionnement des équipements dissociables (article 1792-3).
- Garantie décennale — 10 ans : atteintes à la solidité ou impropriété à destination (articles 1792 et 1792-4-1), un régime détaillé dans les désordres couverts par la décennale du constructeur.
Une fois les murs achevés et le chaînage haut coulé, le chantier bascule vers le hors d’eau : nous expliquons comment se posent la charpente et la toiture d’une maison.
Questions fréquentes
Quel pourcentage peut être appelé à l’achèvement des murs ?
En CCMI avec fourniture de plan, 40 % cumulés au maximum du prix convenu (article R231-7 du CCH). C’est un plafond, et il suppose que le stade soit effectivement atteint.
Peut-on modifier une ouverture pendant l’élévation ?
Techniquement, tant que le chaînage haut n’est pas coulé, une reprise reste envisageable. Juridiquement, toute modification suppose un accord écrit et peut affecter la conformité au permis de construire.
Faut-il visiter le chantier pendant cette phase ?
C’est vivement conseillé, et votre droit : une clause interdisant la visite du chantier est réputée non écrite en CCMI (article L231-3 du CCH). Convenez du créneau et des règles de sécurité avec le constructeur.
Le parpaing est-il moins performant que la brique ?
Aucun matériau n’est supérieur dans l’absolu. La performance dépend surtout de l’isolation associée, du traitement des ponts thermiques et de la qualité de mise en œuvre aux jonctions.
Les murs sont-ils couverts par la garantie décennale ?
Oui, dès lors qu’un désordre compromet la solidité de l’ouvrage ou le rend impropre à sa destination, pendant 10 ans à compter de la réception (articles 1792 et 1792-4-1 du code civil).
Sources
- Code de la construction et de l’habitation, articles L231-3, R231-4, R231-7 et R231-7-1.
- Code civil, articles 1792, 1792-3, 1792-4-1 et 1792-6 (garanties légales de construction).
- Ministère de la Transition écologique — réglementation environnementale RE2020, indicateurs et jalons carbone.
- Legifrance — décret n° 2021-1004 du 29 juillet 2021, décret n° 2026-200 du 18 mars 2026, arrêté du 3 décembre 2024.
La mise hors d’eau devient la priorité du chantier : voyez la pose de la charpente et de la toiture et les points de contrôle associés.
Information générale à but pédagogique, non contractuelle. Les seuils réglementaires et les plafonds de paiement peuvent évoluer, et les caractéristiques d’un ouvrage dépendent de chaque projet : appuyez-vous sur votre notice descriptive, votre plan d’exécution et votre contrat.
