La charpente est l’un des rares ouvrages que l’on ne peut inspecter en détail que pendant quelques jours : une fois la couverture posée et les combles isolés, elle disparaît presque entièrement de la vue. C’est aussi une bascule contractuelle, puisque la pose de la couverture déclenche l’un des appels de fonds les plus lourds du calendrier. Entre l’arase des murs et la dernière tuile, plusieurs opérations s’enchaînent, chacune avec ses points de contrôle. Comprendre l’enchaînement des étapes de construction d’une maison aide à savoir ce qui doit être fait avant de payer.
De l’arase des murs à la pose de la charpente
La charpente ne se pose pas sur n’importe quel support. Le sommet des murs porteurs doit être arasé de niveau et ceinturé par un chaînage horizontal en béton armé, qui solidarise l’ensemble et reprend les efforts transmis par la toiture. Sur cette arase sont fixées les pièces d’appui de la charpente.
La qualité de cette interface conditionne tout le reste : un défaut de niveau se rattrape difficilement une fois les fermes en place. C’est pourquoi la réception visuelle de l’arase se fait avant la livraison de la charpente. Reprenez au besoin notre guide de l’élévation des murs porteurs pour savoir ce qui précède.
Charpente traditionnelle ou fermettes : deux logiques
Le choix figure à la notice descriptive annexée au contrat, dont le modèle type a été actualisé par l’arrêté du 3 décembre 2024 pour les contrats signés depuis le 1er janvier 2025.
- La charpente traditionnelle : pièces de forte section assemblées sur mesure (pannes, chevrons, arbalétriers). Elle dégage un volume utilisable sous les combles et s’adapte aux formes complexes.
- Les fermettes industrielles : éléments triangulés préfabriqués en atelier, posés à l’avancement. Économiques et rapides, elles encombrent en revanche le volume des combles, sauf à retenir une conception spécifiquement prévue pour l’aménagement.
Un changement de système en cours de chantier ne se fait pas verbalement : il suppose un avenant écrit au contrat.
Ce que la charpente doit reprendre
Une charpente n’est pas dimensionnée pour le seul poids des tuiles. Elle reprend l’ensemble des charges permanentes (couverture, isolation, éventuel plafond suspendu) et des charges variables liées au site : neige, vent, entretien. L’épaisseur retenue en toiture dépend de ce que la RE2020 exige de l’isolation d’une maison neuve, et se lit dans la notice.
Ces valeurs varient selon la zone géographique et l’altitude, et relèvent des règles de calcul du constructeur, non d’un ordre de grandeur national. Ce qui vous concerne, en tant que maître d’ouvrage, c’est que le bois livré corresponde aux sections et à la classe d’emploi portées à la notice, et que le traitement contre les insectes et champignons soit attesté.
De l’écran de sous-toiture à la couverture
Une fois la charpente stabilisée et contreventée, la couverture se met en place selon une séquence toujours identique :
- L’écran de sous-toiture : membrane posée sur les chevrons, seconde barrière contre les infiltrations et les poussières.
- Le contre-lattage et le liteaunage : ils créent la lame d’air ventilée et donnent le pas de pose des éléments de couverture.
- La couverture proprement dite : tuiles, ardoises, zinc ou bac acier, selon la prescription du document d’urbanisme et la pente retenue.
- Les évacuations d’eaux pluviales : gouttières, descentes et raccordement au dispositif prévu sur le terrain.
Les points singuliers, là où les fuites apparaissent
Les désordres de toiture ne viennent presque jamais du champ courant : ils naissent aux raccords. Rives, faîtage, arêtiers, noues, solins contre un mur ou une souche, sorties de ventilation, fenêtres de toit et pénétrations diverses concentrent l’essentiel du risque.
Lors de la visite qui suit la pose, examinez ces points un par un, si possible depuis l’intérieur des combles par temps de pluie. Une clause qui vous interdirait de visiter le chantier serait réputée non écrite (article L231-3) : le droit de venir constater vous est acquis, sous réserve d’organiser le passage avec le constructeur. Nous récapitulons vos droits de visite et la façon de documenter un constat.
L’aspect de la toiture est fixé par le PLU, pas par le catalogue
La forme de la toiture, sa pente, la teinte et la nature des matériaux de couverture relèvent du plan local d’urbanisme de la commune, et parfois de prescriptions supplémentaires en secteur protégé. Aucune règle nationale ne s’y substitue : deux communes voisines peuvent imposer des solutions opposées. Ces prescriptions se rattachent au style de maison retenu et à ce que le règlement local encadre sur les façades et les toits.
Ces caractéristiques figurent au dossier de permis, notamment aux plans de façades et de toitures. Toute modification de l’aspect extérieur en cours de chantier peut donc exiger une nouvelle autorisation d’urbanisme, en plus de l’avenant au contrat. Le panneau de permis, lui, doit rester affiché et visible depuis la voie publique pendant toute la durée des travaux : c’est aussi lui qui fait courir le délai de recours des tiers contre le permis.
Toiture achevée : la mise hors d’eau et son appel de fonds
La pose de la couverture rend la maison hors d’eau : elle ne prend plus la pluie. C’est un jalon contractuel, pas une simple satisfaction visuelle, inscrit dans l’échéancier des appels de fonds encadré par la loi.
| Stade atteint | % maximum cumulé du prix convenu |
|---|---|
| Achèvement des murs | 40 % |
| Mise hors d’eau | 60 % |
| Achèvement des cloisons et mise hors d’air | 75 % |
Ces pourcentages sont des plafonds cumulés propres au contrat avec fourniture de plan ; la construction en éléments préfabriqués suit une grille distincte (article R231-7-1) et le contrat sans plan ne prévoit qu’un règlement au fur et à mesure. Nous détaillons ce que recouvrent la mise hors d’eau et la mise hors d’air.
Ce qu’il faut vérifier, et ce que couvrent les garanties
Avant de régler l’appel de fonds, contrôlez la conformité au permis et à la notice descriptive, l’absence de trace d’infiltration en sous-face, la continuité de l’écran de sous-toiture, la fixation des éléments de rive et le raccordement effectif des descentes d’eaux pluviales. Le chantier bascule ensuite vers le second œuvre, ses réseaux et ses propres paliers de paiement.
Ensuite, trois garanties se superposent à compter de la réception des travaux, qui fait courir tous les délais : la garantie de parfait achèvement (1 an) pour tous les désordres signalés la première année, la garantie biennale (2 ans au minimum) pour les équipements dissociables, et la garantie décennale (10 ans) pour tout désordre compromettant la solidité de l’ouvrage ou le rendant impropre à sa destination — ce qui vise directement une charpente défaillante ou une couverture qui laisse passer l’eau.
Questions fréquentes
Quelle différence entre charpente traditionnelle et fermettes ?
La charpente traditionnelle est assemblée sur mesure et libère le volume des combles. Les fermettes, préfabriquées en atelier, sont plus rapides à poser mais leur triangulation occupe les combles, sauf conception prévue pour l’aménagement.
À quel moment la maison est-elle considérée hors d’eau ?
Dès que la couverture est posée et que la maison ne prend plus la pluie. C’est un jalon de paiement plafonné à 60 % du prix convenu en cumulé dans un contrat avec fourniture de plan.
La charpente est-elle couverte par la garantie décennale ?
Oui. Un désordre qui compromet la solidité de l’ouvrage engage le constructeur de plein droit pendant dix ans à compter de la réception (article 1792 du Code civil).
Peut-on changer de matériau de couverture en cours de chantier ?
Cela suppose un avenant écrit au contrat, et le document d’urbanisme peut tout simplement interdire le matériau envisagé. Une modification de l’aspect extérieur peut aussi exiger une nouvelle autorisation.
Que regarder lors de la visite qui suit la pose de la couverture ?
Les points singuliers avant tout : rives, faîtage, noues, solins et sorties de toit. Vérifiez aussi la conformité au permis et l’absence d’humidité visible en sous-face.
Sources
- Code de la construction et de l’habitation, articles R231-7 et R231-7-1 (échéancier de paiement) et L231-3.
- Code civil, articles 1792, 1792-3 et 1792-6 — garanties décennale, biennale et de parfait achèvement.
- Arrêté du 3 décembre 2024 modifiant la notice descriptive type du contrat de construction.
- Service-Public.fr — permis de construire et affichage du panneau sur le terrain.
- Ministère de la Transition écologique — réglementation environnementale RE2020.
Préparez la suite du chantier et les contrôles à mener avant le prochain versement, en révisant les deux jalons hors d’eau et hors d’air.
Information générale à but pédagogique, non contractuelle. Les plafonds de paiement, règles d’urbanisme locales et garanties peuvent évoluer : vérifiez les textes en vigueur et le règlement de votre PLU, et faites contrôler la toiture par un professionnel avant de valider un appel de fonds.
